Dans un coude de la voie ferrée à Schaerbeek se trouve le jardin ouvrier de Françoise. Elle y a planté une dizaine d’arbres. Son but : planter le plus possible d’arbres fruitiers. Et elle espère que beaucoup d’autres feront de même.

Françoise aux multiples talents

Françoise gère cinq vergers : son propre jardin à Schaerbeek, les jardins participatifs à Etterbeek, le verger de Velt chez Parckfarm, son propre verger à Ciney et le verger de Flore & Pomone, dans le Brabant-Wallon.

En plus d’être jardinière et formatrice en matière de fruits, Françoise est aussi musicienne et céramiste. «Tout cela se tient et fait un tout. Pour moi, ce sont des manières différentes et convergentes de regarder la terre ou de travailler avec elle.»

Jardin ferroviaire à Schaerbeek – Une pépinière expérimentale

«Ce jardin, parmi d’autres, bordés par la voie ferrée, je l’ai découvert il y a une dizaine d’années. Je me rendais à l’école de musique de l’autre côté du chemin de fer quand j’ai remarqué un bout de terrain en jachère. L’herbe était haute et il y avait plusieurs arbres renversés. L’homme qui jardinait sur la parcelle voisine, un Italien, fut d’emblée enthousiaste à l’idée d’avoir un nouveau voisin !»

Cela a demandé pas mal d’efforts à Françoise pour obtenir son lopin de terre. Le terrain appartient à la SNCB et les négociations avec la société des chemins de fer sont avérées  lentes et difficiles. Elle a obtenu un contrat pour neuf ans, mais la parcelle peut être réclamée à n’importe quel moment.

Petit à petit, Françoise a aménagé un potager, mais comme elle est une passionnée des fruits, elle cultive des fruitiers en plus des légumes. «Le jardin est devenu ma petite pépinière. C’est ici que je plante et greffe les arbres fruitiers pour mon verger de Ciney. Je fais aussi beaucoup de greffages pour d’autres personnes. Je ne vends pas : j’expérimente et je distribue.»

Dans la pépinière il y a principalement des arbres à basse tige. «Les basses tiges poussent plus vite. J’ai 49 ans et j’aimerais encore pouvoir manger des fruits de ma propre production ! De plus, il ne peut y avoir que des arbres à basse tige le long de la voie ferrée. Pourtant les hautes tiges sont mes arbres préférés à cause de leur développement et de leur résistance à la sècheresse et aux maladies. Ceci surtout dans la perspective d’un éventuel réchauffement climatique.»

Les greffons proviennent principalement de l’ASBL Flore & Pomone. Cette association possède un verger dans le Brabant-Wallon, avec plus de 400 variétés différentes de pommes et de poires. Un vrai musée fruitier ! Le verger a été planté par un ancien militaire, qui, dans les années quatre-vingts, voyait disparaitre de plus en plus de vergers. De ses expéditions en Flandres, aux Pays-Bas et en France, il a ramené des coursonnes afin de conserver d’anciennes variétés. Depuis, les arbres basse tige ont atteint l’âge de trente ans. «Ils doivent être remplacés, dit Françoise, c’est pour ça que j’essaie de reproduire nombre de variétés par greffage, et ainsi aider l’association à les conserver.»

L’art du palissage

À côté de la culture d’arbres fruitiers, Françoise s’est aussi spécialisée dans le palissage. «Mon tout premier poirier en espalier a été un Conférence. À l’époque j’ignorais comment palisser un arbre, alors le résultat actuelest un arbre sans plus aucune forme. Il me sert d’exemple pour montrer aux gens ce qui arrive quand on ne soigne pas son travail.»

Françoise aime faire profiter les autres de ses compétences. Elle donne des cours de taille fruitière sur espalier et de jardinage collectif. Son Bon Chrétien Williams elle l’a récupéré dans un jardin collectif. «Il était délaissé, alors je l’ai ramené ici dans mon jardin pour lui redonner une forme. Les gens oublient que les fruitiers palissés demandent beaucoup de travail !»

Françoise a encore recueilli un autre arbre. «L’Ananas de Courtrai provient du jardin de Lutgard en Bart. Il n’allait pas très bien à cause de la sècheresse, et n’avait encore que de toutes petites racines. Alors je l’ai rabattu assez fort. Je pense qu’il va reprendre. »

Culture biologique sur un sol légèrement pollué

Le terrain est situé dans un coude de la voie ferrée où les trains doivent faire usage de leurs freins et ainsi provoquer, potentiellement, des dépôts de métaux lourds. Françoise a fait analyser le sol. « Acceptable » fut le verdict. « Pour les fruits, ce n’est pas trop grave, mais, quand il s’agit de légumes, la chose est moins recommandable. »

« J’aimerais déplacer à Ciney une partie de la production légumière, même si, à la campagne, les choses ne sont pas toujours idéales non plus : les agriculteurs pulvérisent leurs champs. Parfois je me demande ce qui est préférable ; culture bio sur un sol légèrement pollué ou culture « traditionnelle » à la campagne ? Je remarque qu’il y a beaucoup plus d’abeilles ici qu’à Ciney, parce que les voisins n’utilisent pas de pesticides. »

Le Sud dans le jardin

Le grand nombre de nationalités dans le voisinage se reflète dans les jardinets : vignes marocaines, cardons du Midi, artichauts italiens, bibaciers (néfliers du Japon) turcs…

Les échanges se font spontanément. Les bons conseils, tel l’utilisation du compost, circulent. « J’ai appris à mon voisin italien à travailler avec le compost pour la culture de ses tomates. Son voisin turc n’a pas tardé à savoir, lui aussi, comment faire. »

Presser, sécher et fermenter.

Françoise expérimente non seulement au jardin mais aussi à la cuisine. «À Etterbeek, nous organisons chaque année un évènement fruitier. Nous exposons des variétés et montrons des techniques pour la transformation. Je recherche donc un maximum de manières de transformer les fruits.»

«Ce qui me va le mieux, c’est le pressage, la fermentation et le séchage. Je fais du jus de pommes et je le partage avec des amis. J’ai aussi fait mon propre champagne de fleurs de sureau. Les pommes et les poires, je les sèche. Surtout les poires beurrés, car leur durée de conservation est très courte. Une poire séchée a presque le goût d’une figue !»

«Dans la région de Liège, il y a la traditionnelle ‹ poire tapée ›, une poire séchée à moitié, puis aplatie et ensuite séchée une deuxième fois. Cela donne une texture moelleuse. Jadis on profitait de la chaleur restante du four à pain après les cuissons. C’est une tradition qui se perd et que j’aimerais transmettre aux autres.»

Rêves d’arbres

«Mon rêve le plus cher serait de planter le plus grand nombre d’arbres possible ! J’aimerais voir plus d’arbres fruitiers à des endroits moins évidents, tels que les parkings, les cimetières, les endroits où les gens se retrouvent… Un arbre fruitier a aussi une fonction de plante culturelle. Il a en même temps tellement d’autres fonctions (écologiques), comme celle d’accueillir oiseaux et insectes. Les arbres sont nécessaires en ville, aussi pour des raisons didactiques et écologiques.»

«Quelqu’un qui veut planter des fruitiers, il faut lui conseiller d’observer : qu’est-ce qui fonctionne, selon lui, et qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? Il faut s’informer des possibilités ; lire et apprendre comment fonctionnent les arbres, afin de pouvoir les soigner correctement. Partager avec les autres autant que possible… Pour finir — et c’est le plus important — il faut planter !»