Se nourrir est un droit fondamental. C’est aussi l’avis de Humana Terre, un projet de potager collectif créé par un petit groupe de sans-papiers. Aussi cultivent-ils, depuis 2012, leurs propres fruits et légumes sur une parcelle à Jette. Leur but est de mieux manger pour vivre mieux.

Mohammed est l’un des fondateurs de Humana Terre. Il nous raconte la naissance du jardin : « Humana terre est le fruit d’une collaboration avec un petit groupe de personnes en situation irrégulière. Parce que nous en avions assez d’attendre des réponses du monde politique, nous avons décidé d’agir nous-mêmes et de nous engager dans un projet social avec des résultats immédiats ».

Par Samenlevingsopbouw Brussel * nous avions appris qu’il y avait, à Jette, un terrain appartenant à l’Université Libre de Bruxelles (VUB) avec un vieux verger. Ce verger abandonné avait été découvert en 2005 par le Jeugdbond voor Natuur en Milieu ** (JNM) qui depuis lors essayait de le réhabiliter. Mohammed raconte : « Quand nous avons visité le terrain, il leur manquait encore des forces vives pour aider à la gestion du verger. De plus le terrain offrait du potentiel pour un potager. C’est pourquoi nous avons pris la décision de participer à la gestion du terrain et de l’aménager ».

Ils ont partagé la surface en deux. Une partie fut laissée en l’état sauvage afin de favoriser la biodiversité. L’autre, ils l’ont aménagée en potager et verger, dont s’occupent trois ou quatre personnes, mais beaucoup d'autres viennent prêter main forte de temps à autre. Au fil des ans, l’équipe des jardiniers s’est considérablement développée pour devenir un groupe de personnes de milieux et de cultures différents.

Partager et apprendre

« L’objectif principal de notre entreprise est de mieux manger pour vivre mieux », précise Mohammed. « Nous cultivons des denrées qu’ensuite nous partageons entre nous. Ce partage en dehors de toute considération économique, nous y attachons beaucoup d’importance. Nous vivons dans une société où tout ne semble tourner qu'autour des couts et du profit. Mais nous oublions l’essentiel : les relations entre les personnes et les rapports avec la nature. »

Nous estimons qu’il est important de partager avec les autres sans que l’aspect économique n’entre en jeu. 

« Ici, nous ne partageons pas seulement les récoltes mais aussi les connaissances et l’expérience. L’agriculture c’est de la culture. Dans notre groupe, chacun a sa propre méthode. Mais c’est précisément ça qui rend intéressant le fait d’apprendre des autres et des diverses manières de faire. C’est la raison pour laquelle nous estimons qu’il est important que des personnes de cultures différentes puissent se rencontrer dans le jardin et échanger. »

Connaissances et expérience sont aussi au centre des échanges avec les écoles et les associations des environs. « Aujourd’hui, un groupe de Woluwé vient nous montrer comment utiliser un four à pain. Il arrive aussi que nous nous rendions dans d’autres jardins — comme, par exemple, le jardin collectif de Velt à Koekelberg — afin de partager notre expérience. »

Mais ce qu’ils préfèrent, c’est de faire des ateliers avec les enfants. « Nous organisons des ateliers pour les enfants des écoles des environs. Par exemple, nous avons fait un atelier sur la transformation des pommes en compote. Ce n’est pas uniquement l’occasion de transmettre nos connaissances mais aussi de sensibiliser les enfants par rapport à l’alimentation durable, les droits de l’homme et le réchauffement climatique. »

Autosuffisant

Chaque année une partie de la récolte de fruits est transformée en jus. « Une part de ce jus est utilisée dans le cadre de nos propres évènements. L’autre part est vendue à d’autres associations pour financer notre fonctionnement. »

Humana Terre est aussi, en grande partie, autosuffisant. Depuis le début, ils ont travaillé sans subventions parce qu’ils voulaient rester indépendants. Mais cela n’a pas toujours été simple. « À certains moments il nous a fallu être très inventifs. Le projet est issu de la solidarité et c’est par la solidarité que nous voulons le faire vivre. »

Mohammed admet qu'ils ont dû en surmonter bien des obstacles, et c’est encore le cas maintenant. Pourtant il ne songe pas à abandonner. « Cela fait partie du cours des choses. On apprend grâce à l’expérience. »

Encore plus de fruits !

Le verger comporte une trentaine d’arbres haute tige, essentiellement des pommiers et des poiriers, mais aussi des pruniers, des abricotiers et des cerisiers. Certains arbres sont déjà très vieux et dépérissent. Un rajeunissement du verger s'imposait

Par le biais de l’opération « Achats collectifs » de Velt, ils ont commandé un assortiment de quarante-quatre arbres et buissons fruitiers, qu’ils ont installés parmi les arbres existants l’automne dernier. Pour cette opération ils reçurent l’aide d’amis, de jeunes du JNM et même des propositions venant de la plateforme de réseautage social Meetup.

Un avenir fructueux est désormais garanti pour le verger de HumanaTerre !

* Développement communautaire

** Association de jeunes pour la nature et l'environnement