Le Verger d’Italie est un verger urbain qui fut créé en 2016, entre l’avenue d’Italie et un petit boqueteau appelé Bois des Commères. Étant donné la déclivité trop importante de la parcelle disponible, ce qui était initialement prévu comme potager à vocation pédagogique en maraichage biologique, destiné à des demandeurs d’emploi, devint finalement un verger. La plantation a été réalisée par le biais d’un parcours participatif avec des demandeurs d’emploi et avec le soutien de la stratégie Good Food.

Refresh

C’est à cette époque que fut créée la cantine de quartier Refresh, pour qui les valeurs fondamentales ne sont pas seulement l’alimentation durable mais aussi l’autoproduction et l’agriculture urbaine. Laurent Dennemenont, directeur de Refresh, nous raconte : « Grâce aux valeurs que nous défendons, nous avons été chargés, par la stratégie Good Food, de gérer le site, de valoriser le verger et d’élaborer un volet éducatif. Nous proposons des séances d’information ainsi que des activités pour divers publics cibles : les habitants du quartier, l’école voisine… »

Refresh souhaite remettre le citoyen en connexion avec la nature et ses aspects saisonniers. « Nous organisons quatre ateliers par an, au cours desquels nous entretenons le verger tous ensemble. Nous plantons au printemps, récoltons en été et en automne et taillons en hiver. Bien sûr, nous n’agissons pas tout seuls ! Nous collaborons avec des partenaires tels que Urban Ecology et l’association Aromatisez-vous. » Les ateliers sont gratuits et accessibles à toutes et à tous. Les participants viennent pour parfaire leurs connaissances et acquérir de la pratique, en même temps ils apportent une aide précieuse pour l’entretien du verger.

Le verger est un bien collectif, c’est-à-dire que tout le monde peut en faire usage. Il est clôturé afin de maintenir les chiens à l’extérieur, mais il n’est pas fermé à clé. « Pour nous le verger est un lieu de rencontre idéal, et nous avons installé une table de piquenique de telle sorte que tout un chacun se sente le bienvenu. »

Cent pour cent écologique

Refresh opte résolument pour une gestion écologique. Laurent : « Nos investissements dans le verger sont destinés à attirer non seulement plus de monde mais aussi plus d’animaux et de biodiversité. Ainsi, l’an dernier, nous avons planté des bulbes à fleurs biologiques pour attirer les insectes. À présent, des tulipes sauvages poussent parmi les arbres et vont se reproduire au fil des années. Nous avons aussi installé des herbes aromatiques — telles que la sauge et le thym — auprès des arbres pour les protéger contre certaines maladies. »

La plupart des espèces fruitières sont des variétés robustes et résistantes, sélectionnées par le centre de recherches agronomiques de Gembloux. Certaines variétés sont choisies pour leur productivité. Laurent explique : « Nous avions planté des poires Conférence pour montrer comment se développent les fruits que l’on trouve dans le commerce. Mais en fait cela ne se passe pas trop bien : nous avons des problèmes de rouille grillagée. »

Le verger comporte aussi beaucoup d’espèces qu’on ne trouve pas dans les magasins. « Les poires Nashi, elles, se portent bien. Elles sont de bonne qualité gustative et, de plus, résistantes à la rouille grillagée ! Nous cultivons aussi des groseilles à maquereau, qui ne se trouvent pas facilement dans le commerce. Grâce à notre jardin les gens en comprennent aisément la raison : les branches garnies d’épines ! Notre verger recèle tant de variétés différentes. En venant ici, les gens peuvent découvrir qu’il y a non seulement des groseilles rouges mais aussi des roses et des blanches. »

L'herbe haute

Refresh ambitionne d’inspirer non seulement les citoyens mais aussi d’autres communes. Après tout, un verger urbain est une belle façon de valoriser les espaces verts sans nécessiter des investissements financiers inconsidérés. « Planter un verger ça ne se fait qu’une fois et, par la suite, cela ne demande plus vraiment beaucoup d’entretien. Avec un peu de motivation et d’énergie il est tout à fait possible d’en faire quelque chose de beau ! Ainsi, après à peine trois ans, nous obtenons déjà une belle production et créons du bénéfice à différents niveaux : esthétique, éducatif et écologique ! Tout le monde y gagne : les habitants du quartier, la commune et la nature. »

Pourtant tout n’a pas été sans problème ! « Effectivement. Au début il y a eu des réticences de la part des habitants les plus proches. Nous avons dû leur expliquer en détail en quoi consistait le projet et les rassurer. » Le verger jouit du label Réseau Nature de Natagora. Cela implique que les gestionnaires ne peuvent pas utiliser de pesticides, qu’ils maintiennent une végétation semi-spontanée et ne tondent que lorsque c’est nécessaire et seulement autour des arbres, laissant par ailleurs des herbes hautes. « C’est ce que nous expliquons clairement sur le panneau placé à l’entrée. L’herbe haute n’est donc pas le résultat d’une mauvaise gestion mais un choix pour stimuler la biodiversité ! »

Les effets de la sècheresse croissante sont perceptibles ici également. « Le fait que le terrain soit en pente n’a rien changé au problème, et la production s’en est trouvée quelque peu plus réduite. Mais n’est-ce pas une chose qui peut arriver dans la vie d’un verger ? Les périodes de sècheresse vont inciter les arbres à enfoncer leurs racines plus profondément dans le sous-sol, ce qui les rendra plus résistants pour l’avenir. »

Tout le monde en profite

 

Du reste, la récolte est pour tout le monde. « Nous encourageons les habitants du quartier à cueillir des fruits lorsqu’ils passent devant le verger. Le verger est un bien collectif. » Toutefois, en été, lorsque la production culmine, il n’y a pas grand monde dans le verger… « C’est pour cette raison que, fin juin, nous organisons une dernière activité de cueillette, avec l’école. S’il reste des surplus après cela, nous cueillons nous-mêmes et transformons la récolte à la cantine. Nous faisons des confitures ou du vinaigre de mûres, que nous étiquetons ‹ Made in Ixelles ›. La cantine vend ou sert ces produits locaux. »

« Eh ! oui, il arrive parfois que des passants cueillent trop !… Mais ça aussi, cela fait partie du projet. L’idée est que les gens sont copropriétaires du verger et que cela limite les risques d’abus. Nous constatons souvent le contraire : les gens n’osent pas cueillir. Ils ne savent pas s’ils peuvent. D’autres ont peur des plantes « sauvages » et ne font confiance qu’à ce qu’ils trouvent dans le commerce. C’est bien dommage. Nous allons donc placer des pancartes à côté de chaque variété, avec une photo ainsi qu’une description. L’aspect éducatif s’en trouvera ainsi encore accru. »

Nous voulions savoir s'il y avait des projets pour l’avenir. La réponse de Laurent ne se fit pas attendre : « Je voudrais planter du houblon. Cette plante donne de jolies fleurs. De plus, Bruxelles est la ville de la bière. Je veux donc montrer aux Bruxelloises et Bruxellois comment la plante est cultivée ! »

Des conseils pour d’autres promoteurs et communes, Laurent n’en manque pas. « Aller de l’avant, tout simplement. Parfois on se heurte à des obstacles, mais aménager et valoriser des espaces verts est une chose qui vaut vraiment la peine d’être entreprise. Nous (Refresh, mais également Urban Ecology et Aromatisez-vous) avons déjà acquis une certaine expertise dans le domaine, et nous sommes tout disposés à partager notre expérience avec d’autres. Qu'on se serve de nous comme modèle pour montrer aux habitants d’un quartier combien un verger urbain peut être beau. On peut aussi venir nous demander conseils et accompagnement. Donc, il faut foncer, sans hésitation ! »

En savoir plus ? https://issuu.com/refreshxl/docs/20181224_rapport_verge_d_italie_201

 

 

  • Emplacement: Avenue d’Italie, Ixelles
  • Superficie: 0,1 ha
  • Espèces fruitières: 12 pommiers, 24 poiriers, 6 pruniers, 1 cerisier, 1 châtaignier, framboisiers, fraisiers, groseilliers (rouges, blancs, roses), groseilliers à maquereau, caseilliers (Josta), mûriers ronces, raisins.
  • Âge des arbres: 3 ans
  • Types de fruitiers: Tous hautes tiges, excepté le cerisier en demi-tige (3-5 m)

Velt porte le projet « Verger Partagé, à Bruxelles ». Si vous avez des questions, adressez-vous à [email protected]. Nos amateurs de fruits expérimentés vous aideront à y voir plus clair.

Naturellement nous travaillons aussi en partenariat avec des organismes bruxellois de premier rang tels que :